Chronique d’une aventure ordinaire

, par  Laurent , popularité : 7%

Voici, ci-dessous, narrée une histoire vraie qui m’est arrivée cette semaine. Il y a une moralité, je vous laisse la découvrir.

Ça a commencé par un premier contact téléphonique sur mon mobilophone. Une société de tests marketing m’aurait choisit parmi un panel pour me soumettre à une série de questions mesurant l’impact marketing des différents opérateurs de téléphonie mobile. Bien sûr, ils me promettaient une montagne de cadeaux pour ce petit sondage de rien qui ne prendrait qu’une modeste petite demi-heure.

Alors la charmante voix féminine au téléphone me proposa de venir chez moi pour me poser les questions (intéressant, mais suspect) ou bien je pouvais me déplacer dans leurs locaux.

Je réfléchis rapidement : une demi-heure d’entretien, sur la même ligne de métro que celle qui me permet de rejoindre mon boulot et plein de cadeaux à la clé selon les promesses. J’ai décidé alors de me rendre dans leurs locaux. Je ne voulais pas recevoir ces inconnus chez moi.

Comme je fut de Nuit cette semaine, je n’avais rien de mieux à faire. Je conviens donc d’un rendez-vous vers 19h00, ce qui me permettait de filer au taf dans la foulée.

J’arrive au boulevard Sébastopol où se trouve les locaux de l’institut de sondage. Déjà je suis dans l’ambiance. Il s’agit d’un très bel immeuble haussmanien qui annonce la couleur : une dizaines de plaques d’avocats encadrent la porte cochère. Je tape le code : groom motorisé, marbres, tapis épais, ascenseur transparent ultramoderne... Ça sent le luxe ! L’ascenseur me mène au cinquième tout au long de l’ascension je croise des portes palières arborant des plaques de cuivres gravés au nom de cabinets aux airs prestigieux.

Arrivé au cinquième, je repère la porte de l’institut de sondage : je sonne et j’entre...

Là, c’est le contraste : je pénètre dans des bureaux aux apparences moderne mais défraîchi. La moyenne d’âge et la sociologie du lieu est la même que derrière un comptoir de chez Macdo. Un gars me croise visiblement surpris et sur le point de partir et me demande :

« Vous êtes là pour le test sur SFR ? Suivez moi... ».

Je le suis dans un escalier qui monte à l’étage supérieur. Nous arrivons dans les combles de l’immeuble. L’endroit où visiblement ils conservent leurs archives ; de grosses étagères en métal chargées de boites en carton et de dossiers plein de papier entourent la pièce. Il y a déjà installé derrière une table un homme aux longs cheveux blancs. Il est en train de se faire auditionner par une jolie femme aux cheveux courts qui entre ses réponses dans un ordinateur portable. Elle est très jeune et elle me sourit quand j’entre. Mais malheureusement, moi, j’aurais droit au gars qui m’accueillit dans l’entrée pour me poser des questions.

Déjà, ça se corse : les deux jeunes fouillent leurs dossiers.

« Comment vous aviez dit que vous vous appeliez déjà ? Vous avez votre convocation ? »

« Heu, non, je ne savais pas que j’étais convoqué. On m’a donné un rendez-vous et on m’a dit que je recevrais un courrier, mais je n’ai rien reçu. »

« Vous êtes sur que c’est aujourd’hui que vous aviez rendez-vous ? »

« Quand même oui. »

Manipulations de feuilles, ouvertures et fermetures de dossiers, sortie de la pièce, rentrée dans la pièce, remanipulations de feuilles et réouverture de dossiers... Quelques instants plus tard, une personne arrive et annonce qu’elle a enfin retrouvé mon dossier. Le garçon a l’air soulagé mais minimise l’incident. Puis, il me fait un résumé de ma situation : ils connaissent tout sur mon compte SFR, mais ils veulent me faire comparer les offres avec la concurrence pour voir s’ils seraient susceptibles de me convaincre. Toutefois, ils sont soit-disant mandatés par SFR, ils ne savent pas quel type de forfait j’ai, depuis quand je l’ai et que j’ai des sms inclus dans mon forfait.

Et c’est parti pour une série de questions. L’histoire dure bien une demi-heure. On me montre des pubs. On me fait comparer des offres d’opérateurs. Bouygues, Orange, SFR... Toutes les offres se ressemblent. Les prix, les options sont les mêmes, les seules différence sont dans la mise en page, dans la couleur du papier et du lettrage. Pourtant on me demande laquelle est la meilleure à mon goût. En gros, je réponds au pif. Ou du moins, je réponds en fonction de la pub la plus lisible (celle qui noie moins le poisson sur les conditions en tous petits caractères).

Au final, je constate que mon forfait actuel est moins cher que les offres proposées dans ces pubs pour les opérateurs. Du moins quand on n’a pas besoin d’une foultitude d’options inutiles. Mais, je garde cette remarque pour moi et ne la partage pas avec mon sondeur.

Arrive le moment tant attendu où la personne m’annonce que le questionnaire prend fin. Je n’ai qu’à l’accompagner pour retirer mon cadeau. Pendant le court trajet, j’effectue un petit calcul mental. Soit 8 € environ, le montant du SMIC horaire, soit une demi-heure de mon temps vendu au Grand Capital pour l’aider à vendre des téléphones mobiles ; ce qui devrait faire un cadeau d’une valeur minimum de 4 € si j’avais à faire à des gens un minimum honnête. C’est pas bézef au final. Il vaut mieux être une star et se faire inviter à l’inauguration de la boutique Vuitton des Champs. On moins on a droit au buffet gratuit. Enfin, je pouvais toujours espérer un truc bien.

Dans l’escalier qui nous permet de quitter les combles, je croise une dernière fois la jeune fille qui venait de raccompagner son client. Elle m’annonce en riant : « Vous allez pouvoir récupérer votre merveilleux cadeau ! » Je sens de l’ironie dans sa voie qui n’annonce rien de bon. Mon intuition devient certitude.

Là, devant l’entrée, mon interviewer me remet une boite et me souhaite une bonne soirée. Je sors.

Je me retrouve alors sur la luxueuse moquette du couloir à attendre l’ascenseur en verre. Circonspect, j’ouvre la boite remise par le jeune homme. Dedans, il y a une sorte de vase en verre de 14 cm de haut, dans lequel est coulé un gel et diverses babioles en strass rappelant un aquarium. Dans l’encolure du vase, il y a la mèche d’une bougie. (Voir la photo). Est-ce que ce truc là vaut 4 € ? Sur ce palier, je me sens un peu con.

Le cadeau...