De 6 à 9

, par  Laurent , popularité : 3%

L’histoire est vraie. Proche du port et du centre ville du Cap, dans les années 1960, en Afrique du Sud, existait un quartier métissé où coexistait pacifiquement Blancs, Juifs, Indiens, Noirs et surtout Indonésiens musulmans [1]. Ce quartier était situé dans le sixième district du Cap et on le nommait couramment : District 6.

Actuellement, sort sur les écrans un film de science-fiction sud-africain du nom de District 9. Ce n’est pas fortuit.

District 6

Le gouvernement blanc de l’apartheid sud-africain de l’époque prônait une idéologie disant que le mélange des races était vecteur de problèmes sociaux. Ce gouvernement ne pouvait pas supporter un quartier où vivaient ensemble plusieurs communautés. Laissé sans investissement, le district 6 devint rapidement un bidonville insalubre. Cette situation permis aux autorités de mettre en œuvre leur projet de « purifier » le centre du Cap. Ainsi, les autorités déclarèrent le District 6 comme une whites-only area (une zone seulement pour les blancs) et à partir de 1966, ils déplacèrent les populations non-blanches dans des townships à 25 km du centre. Puis, il rasèrent les habitations au bulldozer. L’opération s’acheva au début des années 1980, déplaçant plus de 60 000 personnes. Depuis, l’université de technologie du Cap occupe une partie des lieux, mais une autre grande partie reste à l’état de terrains vagues.

À l’heure actuelle, l’apartheid n’existe plus en Afrique du Sud. Mais dans les têtes, les mentalités ont du mal à changer. C’est que ce va montrer le film District 9 par une allégorie judicieuse. Via ce film, les sud-africains exorcisent leur passé.

District 9

Empruntant un gimmick du film d’extraterrestre cher à Roland Emmerich et à son Independence Day, le premier long métrage de Neill Blomkamp met en scène un immense vaisseau alien circulaire qui stationne au dessus de la ville de Johannesburg en Afrique du Sud. Celui-ci est arrivé il y a 28 ans et à l’intérieur se trouvait des centaines de milliers de réfugiés extraterrestres. Ces aliens seront parqués dans un ghetto situé à Johannesburg, à la verticale de l’immobile vaisseau spatial, dans le district 9.

28 ans plus tard, ce ghetto est devenu un répugnant bidonville, plaque tournante de divers trafics orchestrés par la maffia nigériane. Il indispose les riverains et les autorités mandatent une société de sécurité privée, la MNU pour évacuer le district et reloger les prawns (surnom péjoratif donnés aux extraterrestres) à 250 km de Joburg, dans le désert.

District 9 est tourné comme un docu-fiction tiré d’images d’archives et d’interview. Ce parti pris de mise en scène donne une aura très réaliste au film. Le spectateur est tout de suite immergé dans l’intrigue et ne décroche pas jusqu’à l’ultime scène. Du grand art ! Une réalisation impeccable pour un réalisateur qui réussi le savoureux mélange de satyre sociale, de suspense et d’action spectaculaire. Ici, sous couvert d’un blockbuster, tout passe à la cynique moulinette du réalisateur : le racisme, la corruption, la violence, les gangs, l’obscurantisme tribal, les sociétés paramilitaires de sécurité privée... Même si le film n’échappe pas à quelques habituels pathos, l’ensemble est magistral.

En bref : il y avait longtemps que je n’avais pas vu un vrai bon pur film de SF. Mangez-en, c’est du très bon.

Aux origines de District 9

J’ai expliqué au début de cet article quels étaient les origines du titre du film. Mais l’idée du film est aussi tiré d’un court métrage Alive in Joburg par le même réalisateur. Ce petit film de 2005 était à l’origine une allégorie satyrique sur les émeutes de Soweto. Comme je suis très généreux [2], je vous livre ci-dessous le court métrage dans sa totalité.

Ce court métrage a été vu par Peter « King Kong » Jackson qui a décidé de produire la version long métrage. C’est devenu District 9. Rassurez-vous, ce petit film ne révèle aucunement l’intrigue du long métrage.

Neill Blomkamp était également pressenti pour réaliser le long métrage Halo d’après le jeu vidéo de Micro$oft. Comme étude de cas, il a réalisé un court métrage prototype. Le voici ci-dessous. Vous reconnaîtrez des similitudes avec les vidéos précédentes.

Voir en ligne : Le musée du district 6.

- Musique d’ambiance :

[1Les descendants des immigrés Indonésiens sont nommés les Malais du Cap, par là-bas.

[2Enfin, surtout Google.