Je n’ai pas le triple play, je suis un ringard

, par  Laurent , popularité : 1%

C’est bien le dégroupage total. Je ne paie plus mon abonnement téléphonique, j’ai l’ADSL et le téléphone en VoIP illimité vers 45 pays pour 30 € par mois. J’en arrive même à économiser sur mes appels mobiles. Et comme mon numéro [1] a dû disparaitre des fichiers prospects [2] de France Télécom, on ne m’appelle plus pour me dire :

« Nos techniciens sont dans votre immeuble pour y installer des fenêtres PVC, ultramodernes, top-design. Peut-être serez-vous intéressé par profiter de leur présence et bénéficier d’une expertise gratuite ? »

« - Pardon ? Vous installez des fenêtres neuves dans mon immeuble ? »

« - Oui, c’est ça et nous vous proposons des tarifs privilégiés ! »

« - Mais mon immeuble a 6 ans, les fenêtres sont toutes quasi neuves ! »

« - bip bip bip... »

Ce genre d’appel, j’en reçois beaucoup moins. Par contre, tous les mois environ depuis cet été, une société de télémercatique [3] qui doit œuvrer pour le compte de mon fournisseur d’accès Internet, m’appelle pour me faire la morale. En effet, il est inconcevable qu’une personne respectable aussi classe et moderne que moi ne cède pas de toute urgence aux sirènes du triple play.

En général, mon interlocuteur à l’accent amphigourique doit plus volontiers m’appeler depuis Pondichéry que depuis Pont-Cardinet, ou plutôt depuis Dakar que d’à côté [4]. Il a, le plus souvent, une fâcheuse tendance à ne rien comprendre à ce que je lui dit, et notamment quand je m’exprime avec tout le champ sémantique de la négation.

Voici un exemple de conversation qu’il m’arrive d’entretenir mensuellement avec l’un de ces téléacteurs de l’impossible [5] :

« Bonjour, je suis Pascal Verdier [6] de Cl*****net. »

« - Oui ? »

« - Monsieur, je vois que vous êtes un fidèle abonné et je me permet de vous appeler pour savoir si vous êtes satisfait de votre abonnement puissance 2 : Téléphone et ADSL ? »

« - Oui, c’est cool, je peux mettre mon blog à jour tout en téléphonant à Yodok. Mais vous m’avez déjà posé la question le mois dernier. »

« - Et bien, sachez que la capacité de votre ligne vous permet de passer à la puissance supérieure en incluant la télévision HD via notre offre Triple-play vous permettant de visionner plus de 90 chaines. »

« - Oui, celle-là aussi, vous me l’avez déjà faite le mois dernier et j’avais dit non. »

« - Mais, Monsieur, avant de dire que vous n’êtes pas intéressé, laissez moi vous présenter “l’offre spéciale abonné fidèle” que nous vous proposons : l’offre triple-play pour seulement 3 petites euros de plus ! »

« - Oui, c’est la même que “l’offre spécial abonné pas fidèle du tout”. Mais de toute façon, non, ça ne m’intéresse pas. »

« - Monsieur, puis-je savoir pourquoi ça ne vous intéresse pas ? »

« - Ben, la télé, ça ne m’intéresse pas la télé. Je vois déjà suffisamment de conneries autour de moi pour ne pas avoir envie de payer pour en voir plus. »

 » C’est un mal de ne pas être intéressé par la télé ? Et puis, en plus en prenant la téléphonie, je faisais des économies. Ce n’est pas le cas avec la télé. Vous ne supprimez pas la redevance ? »

« - Mais monsieur, la télévision, une centaine de chaines, avec Internet et le téléphone ! Pour 33 € ! Avec une magnétoscope à disque dur avec l’option “reprise du direct” ! Comment peut-on passer à côté de cette offre ? »

« - Ben, j’le fais... Et puis, une centaine de chaines, vous dites. Sur votre site web, je vois qu’il n’y en a qu’une quarantaine dans la plaque de base et ce sont presque les mêmes que celles de la TNT qui est gratuite. [7]. Et puis, TF1, France 2, M6, etc. Je les ais déjà. Donc, pour 3 € de moins, je me passe de votre offre dont je n’ai pas besoin. »

 » Écoutez, vous voyez, vous m’appelez tous les mois pour me vendre un abonnement puissance 3 dont je ne veux pas. Mais de toute façon, c’est en pure perte car je ne me déciderais jamais par téléphone. J’ai déjà eu des problèmes et je connais les rouages de votre système. »

 » Alors, le mois prochain, au lieu de me téléphoner, envoyez moi une documentation alléchante de votre offre par courrier et si toutes les conditions écrites en petit caractères sont bien lisibles, et que l’offre ne me coûte pas un sous de plus, alors peut-être je répondrais par la positive. En attendant, ne perdez pas votre temps et ne me faites pas perdre le mien. »

« - Monsieur [8], si je me suis permis de vous appeler, c’est justement parce que nous vous avons déjà envoyés plusieurs fois ces offres par courriers électronique . Et ces courriers sont restés sans réponses. »

« - Et bien, si je n’ai pas répondu, c’est que je n’étais pas intéressé. C’est mon droit non ? La prochaine fois, faites en sorte que vos offres soient intéressantes. Mais, inutile de me rappeler. »

 » Bon, je vais raccrocher là. Au revoir Monsieur. »

« - Attendez ! Monsieur, D’accord, vous ne voulez pas du triple play. Mais comme vous êtes un client fidèle [9], je vous propose de vous permettre de stabiliser le prix de votre abonnement. »

« - Stabiliser le prix de mon abonnement ? Qu’est ce que c’est que cette nouveauté ? »

« - Oui, vous êtes titulaire d’un forfait de 30 € par mois avec une période d’engagement courant jusqu’au mois de mai 2007. Au-delà, nous ne pourrons pas vous assurer que le prix de celui-ci n’augmentera pas. Ainsi, je vous propose d’étendre la période d’engagement d’un an et ainsi, votre forfait de 30 € par mois n’augmentera pas l’année prochaine. »

« - Pardon ? Vous êtes sérieux là ? [10] Et bien, ça ne m’intéresse pas non plus Monsieur ! Et si mon forfait augmente, ça me donnera l’occasion de ne plus être un client fidèle, car la concurrence, ça m’étonnerait qu’elle augmente ses tarifs ! Au revoir Monsieur ! »

« - Heu... Au revoir... »

« - Oui, c’est ça au mois prochain ! »

« - bip bip bip... »

Voilà comment un fournisseur d’accès Internet [11] plutôt réputé pour son sérieux perd d’un coup toute crédibilité à cause de la sous-traitance de service de mercatique téléphonique. Ce dernier devant être rétribué au rendement, il cherche à tout prix à refiler un abonnement, même s’il s’agit d’un abonnement que je possède déjà.

[1Mais, j’ai gardé le même numéro.

[2Prospect : (nm) Personne susceptible de devenir cliente d’une entreprise.

[3Oui, c’est français, et ça veut dire « telemarketing », ou vente par téléphone.

[4Remarquez, ça ne me gène pas. La seule chose qui pourrait me gêner, c’est que c’est juste le résultat des délocalisations des entreprises de services en France.

[5Il s’agit bien sûr d’un mixage de toutes les aberrations commises

[6Durant ma brève carrière de téléacteur, nous étions environ une cinquantaine de Pierre Caron et le même nombre de Claire Coureau, à nous entasser dans la même salle, téléphone à l’oreille. Nous tentions de vendre des abonnements pour Ca***l + à des gens qui n’avaient pas les moyens de s’en payer. Les téléacteurs forment une très grande famille. Même mon voisin de bureau et son improbable accent des faubourgs Est de phnom phen s’appellait Pierre Caron. Il parait que ça rassure le prospect. Le prospect est d’un naturel raciste, c’est bien connu. Mais, surtout, ça permet à la boite qui emploi le téléacteur de lui donner une pseudo bonne conscience. Ce dernier peu arnaquer à fond le prospect sans avoir à assumer son acte sous sa vraie identité. Pratique.

[7TNT, que je n’ai pas non plus, soit dit en passant

[8Ça y est, il prend un ton courroucé

[9Il n’a pas dit « bon client », car un bon client est un client qui choisit l’option qui le fait cracher un maximum.

[10Chez moi aussi, la colère commence à poindre.

[11Je suis chez eux depuis 1997.