Travailler plus pour gagner plus !

, par  Laurent , popularité : 1%

J’ai toujours du mal à croire qu’un banal échange de courriels puisse provoquer autant de passion.

Un banal débat sur le temps partiel subit a mis le feu aux poudres sur ma liste de discussion. Voici les grandes lignes de cet échange de courrier et mon opinion sur cette fameuse phrase : Travailler plus pour gagner plus !.

Attention, cet article est long !

Échange de courriels

En ce moment, les thèmes de débat de la campagne présidentielle provoquent l’effervescence de beaucoup de blogs sur la toile. Et comme j’aime bien polémiquer et participer aux débats citoyens, j’envois l’objet de mes trouvailles sur la liste de discussion.

Donc, l’objet de la polémique était un banal lien vers un article sur le temps partiel subit. Voici cet échange de courriels, qui mit le feu aux poudres suivit de mon avis sur la question.

Moi

Allez vite jeter un coup d’œil sur ce billet du Monolecte :

Le salaré au sifflet

Réponse de Yann

Hallucinant !

En particulier quand on fait le parallèle avec les discours genre "les
salariés sont demandeurs pour travailler le dimanche" ou encore "il faut
permettre à ceux qui veulent gagner plus de travailler plus"...

Réaction de Yodok


Bin va voir un mec qui vend en ce moment des
fringues à -70% et demande lui s’il touche une
prime et/ou payé double pour bosser le dimanche
et s’il est pret a travailler le dimanche s’il ne touche pas de prime ....

Je suis 100% d’acord avec le travail le dimanche,
seulement pour les personnes qui sont d’accord et
si bien sur la paye va avec sinon je n’en vois pas l’interet

Ce qui est hallucinant c’est que personne
n’arrive a comprendre que le boulot si on en fait
plus c’est bel est bien pour gagner plus, c’est
pas pour les beaux yeux du patron.

Je parle de mon cas, de part la convention
collective ambulancier, je suis obligé de faire
200 heures de travail pour être payé 151 !! un
comble non ? par contre, je n’ai plus de
coupures, a comprendre, si je commence à 6h le
matin que ma mission se termine à 9h et que je
n’ai rien avant 14h, je ne dépointe pas.

Donc oui, si je peux faire plus de 200 heures, je
le fait volontiers cela me permettra de payer le
crédit de ma voiture .... et qu’on arrête de me
dire que c’est le patron qui m’oblige .... ou que
les politiques m’ont dit de bosser plus ... si je
bosse plus, c’est pas non plus que j’aime
l’argent, c’est un salaire, c’est mon salaire.
Je ne connais personne qui refuserait de toucher plus que sa paye.

Adieu le sacrosaint repos dominical, demande à un
urgentiste, à un employé de la SNCF, à un
technicien aéroportuaire, à un boulanger s’il ne bosse pas le dimanche .....

Je le redis encore une fois, oui, si tu as une
baguette le dimanche c’est qu’un mec bosse ce
jour là, et que souvant (je ne parle pas du
patron) il est volontaire parce qu’il touche plus !
J’ai eu une dicussion avec une personne une fois,
j’arrive plus du tout à me souvenir de qui, qui
me disait qu’il prennait tous les jours que les
autres ne voulaient pas prendre (jours fériés,
samedi, dimanche, soirées) parce qu’il était en
instance de divorce et avait besoin d’argent, un
collègue lui à dit qu’il n’était pas normal qu’il
touche autant en voyant sa fiche de paye, bien
sur il n’a pas regardé le sacrifice que la
personne à fait en contre partie, il ajuste
regardé des chiffres par rapport au sien.

"Tout travail mérite salaire" dit la citation, je
le modifierais en disant, tout travail mérite un juste salaire.

 [1]

C’est le moment pour moi de tenter une réponse qui calme les esprits.

Ma réponse

Coucou !

T’énerve pas Yodok ! Tu sais très bien l’effet que fait le tag [politique] sur ton petit cœur. On ne voudrait pas qu’il lâche ou que tu
fasses une embolie cérébrale. Winking 4

Bon, visiblement, il y a eu amalgame suite à la réaction hallucinée de
Yann à l’article du Monolecte.
Mon mél précédent avait plutôt pour objet les heures supplémentaires
plutôt que celui du travail du dimanche. C’est l’amalgame des deux
débats (présents au cœur de la campagne présidentielle) qui a dû
énerver le Yodok. Smiling [2]

Mon opinion

Je vais donc éclairer vos lanternes concernant ce que je pense de tout ceci. Si ça ne vous intéresse pas, n’allez pas plus loin.

Concernant l’ouverture des magasins le dimanche

En ce qui me concerne, je préfèrerais ne pas travailler le dimanche. Je ne cours pas après les brouzoufs, je gagne suffisamment bien ma vie pour mettre un steak dans mon assiette, un toit au dessus de mon lit et avoir une connexion ADSL. Je n’ai besoin de grand chose de plus. Quel est l’intérêt de cette course au pognon ?

Pourtant, je n’ai pas le choix, car ça fait parti de la logique du
boulot et ça faisait parti du contrat que j’ai signé. Donc, je travaille la nuit et le dimanche, et même si j’essaie par tous les moyens de revendre mes dimanches à mes collègues, personnes n’en veut. Je suis obligé de les faire. smile

Car, il est indéniable que certains services tels que l’électricité, les chemins de fer, les métiers de bouche, les taxis ou les hôpitaux puissent fonctionner le dimanche. Mais qu’en est-il des services qui ne sont pas vitaux comme certains commerces (les boutiques de fringues ou de meubles) ? C’est là qu’est vraiment le débat.

Donc, en ce qui me concerne, concernant l’ouverture des magasins le dimanche, je suis plutôt pour. Des commerces qui ouvrent le dimanche peuvent dynamiser une ville, un quartier, relancer le tourisme... Quoi de plus agréable l’été que de bruncher le dimanche matin sur les quais du bassin de la Villette.

Mais à cet état de fait, j’aurais tendance à émettre quelques gros bémols.

1)

Le travail du dimanche doit être le résultat d’un rapport
gagnant-gagnant entre l’employeur et son employé. [3] A part peut-être pour les étudiants, le rapport gagnant-gagnant est loin d’être une réalité dans
les faits. Ce n’est pas le travail du dimanche qui devrait permettre à
l’employé de joindre les deux bouts, mais son contrat de travail de base
avec ses heures de semaine tout simplement. La possibilité de travailler
le dimanche ne devrait être qu’un moyen de mettre du beurre dans les épinard, de s’offrir le superflu.

Donc travailler le dimanche devrait offrir un *plus*, qui correspond
au sacrifice de la vie de famille et/ou sociale de l’employé. Je me
souviens de la situation que m’a décrit un ancien commercial de chez
Conforama qui jadis fréquentait cette liste et qui est devenu depuis son
propre patron. Il m’expliquait comment l’employeur incitait ses employés
à travailler le dimanche. Les employés n’étaient rémunérés qu’à la
commission plus un fixe réduit au minimum. Les commissions étaient bien
évidement plus élevées le dimanche. Ainsi, pour pouvoir faire un chiffre
leur permettant d’avoir un salaire décent ils étaient forcés de venir
faire leurs heures le dimanche. Alors, oui, ils étaient volontaires.
Mais s’ils ne venaient pas, de toute façon, ils ne gagnaient pas
suffisamment pour vivre décemment. Les employés des magasins situés sur
les communes ou les départements qui n’autorisaient pas l’ouverture le
dimanche (quand ceux-ci n’ouvrent pas dans l’illégalité) arrivaient à
vivre aussi bien et sans sacrifier leur vie familiale.

Donc, oui à l’ouverture du dimanche à condition que l’employé soit
vraiment volontaire et qu’il ai réellement quelque chose à gagner.

2)

Mon deuxième bémol se situerais à un autre niveau, un niveau plus
sociologique. J’ai lu il y a quelques temps une étude sociologique (dont
je vais essayé de retrouver le lien) qui expliquait l’évolution des
pratiques horaires dans la société. Elle décrivait comment les villes
française avaient tendance à devenir comme certaines grandes villes
américaines. En effets, les pratiques citadines ont tendance à
proposer une accessibilité de plus en plus accrues aux
divers services qu’offrent une ville quelque soit l’heure du jour ou de
la nuit. Ce qui, remarquez, n’est pas un mal en soi. Les citadins veulent des restaurant qui assurent un service continu et ferment après 23h00, ils veulent des crèches qui ferment plus tard, des spectacles à toute heure, des métros et des bus de nuit, etc.

Cette situation vient historiquement de l’allongement constant du temps
de parcours domicile-travail. En 1982, les franciliens habitaient en
moyenne à 7 km de leur travail. En 1992, c’était à 17 km. Actuellement,
c’est encore beaucoup plus. Ainsi, les navetteurs [4] devaient faire leur courses de
plus en plus tard le soir et les supermarchés de banlieue devaient ouvrir plus tard. Et ainsi de suite, jusqu’à devoir faire ses courses le samedi, puis le dimanche. Et, le phénomène à pris un tour tout particulier.

Par conséquent, nous avons mis le doigt dans un engrenage. Ces nouvelles
pratiques urbaines nous ont fait entrer dans un cercle vicieux. Qui dit
des services offerts durant une amplitude plus longue dans la journée,
dit une main d’œuvre qui a besoin de services décalés à l’image de ses
habitudes de travail. Les citadins veulent pouvoir de déplacer plus tard
dans la journée (ou plus tôt), veulent pouvoir aller chercher les
enfants à la crèche plus tard (ou plus tôt), négocier leur prêt avec
leur banquier plus tard (ou plus tôt), etc. etc. Ce n’est pas un mal en
soit, mais de plus en plus, la vie de famille ou de couple devient
difficile à gérer du fait du décalage permanent de ses membres.
Celles-ci n’ont plus de temps pour elles, et ne se rencontrent plus
comme avant à heures fixes, comme autour d’un repas. [5]

Si je me souviens bien, l’étude expliquait de qu’ici 30 ou 40 ans,
l’activité continuelle d’une ville comme Paris amènerait à gommer totalement la différence entre le jour et la nuit. Comme New York, on pourra l’appeler la ville qui ne dort jamais.

Parallèlement à ça, on peut donc se poser la question du devenir des
catégories sociales qui seront contraintes de travailler avec des
horaires aussi décalés. M’est avis qu’il ne s’agira pas des cadres
supérieurs.

Revenons au sujet.

Cette digression sur l’évolution des habitudes des citadins français
m’amène à me poser une question sur le travail du dimanche. L’ouverture
des magasins le dimanche n’est intéressant pour les commerces que dans
la mesure où il reste des gens qui eux ne travaillent pas le dimanche et
qui peuvent donc venir en masse faire leurs courses.

Toutefois, si l’ouverture des commerces le dimanche est généralisée. Ce
dont je crains. Nous entrerons dans une même logique de cercle vicieux.
Ainsi, de moins de moins de personnes seront libre pour faire leurs
courses le dimanche car de plus en plus devront travailler pour assurer
les services manquant (plus de transports, des crèches, d’autres types de commerces, des restaurant d’entreprise, etc.).

Donc, le dimanche deviendra une journée comme les autres.

La seule chose qu’on aura gagné, ou plutôt perdu, c’est qu’il n’y aura
plus une vraie journée où toute la population peut faire un break et se
retrouver en famille, entre amis dans un moment de convivialité sans
avoir à bloquer une demi journée dans son agenda 15 jours avant entre
deux rendez-vous de travail.

Les heures supplémentaires

Je change de sujet et cette fois, je vais parler des heures
supplémentaires.

Car l’origine du fil de discussion Travailler plus pour gagner plus !
un peu provocateur, avait pour origine un article du Monolecte : Le salarié au sifflet.
Qui nous aurait permis de débattre sur le temps partiel subit et sur les
heures supplémentaires.

En ce qui me concerne, moi si j’affirmais à mes chefs vouloir travailler plus, a faire volontairement des heures supplémentaires on me regarderait avec de gros yeux du genre : “il est fou celui-là ?”.

Et si par hasard à la suite de situations perturbées, je devais faire
des heures supplémentaires inopinées [6], inutile de demander à me les faire payer : ça coûte trop cher à la boite. Donc, je les récupère dans mon compte temps, ce qui me permet d’avoir cette foultitude de jours de congés que tout le monde m’envie.

Enfin, tout ça pour vous dire que si vous n’êtes pas votre propre
patron, les heures supplémentaires volontaires n’existent pas !

Ainsi, je vous conseille la lecture de cet article qui, peut-être,
achèvera de vous convaincre.

La liberté de travailler plus n’existe pas.

Et si vous n’êtes pas d’accord avec mes propos, n’hésitez pas à m’en
faire part en réagissant ci-dessous. Le débat m’intéresse.

[1Remarque : en général le Yodok n’est pas aussi prolixe.

[2D’ailleurs, as-tu lu l’article du Monolecte ?

[3C’est l’inverse de
ce que décris l’article du Monolecte.

[4C’est ainsi qu’on
appelle les gens qui migrent quotidiennement à heures fixe, entre leur
domicile et leur travail (plus retour).

[5Encore de l’eau
au moulin de ceux qui se plaignent de la mauvaise éducation des enfants.

[6Et ça m’arrive souvent, bien que je ne sois pas volontaire pour les faire. Mais, il faut bien les faire sinon, je mets mes collègues et les clients dans l’embarras ; et ça peut mettre par terre toute la production.