Dossier : Comment jouer aux jeux de rôle avec Klaxoon ? Adapter les tableaux blanc virtuels professionnels à l’usage du jeu de rôle

, par  Laurent , popularité : 11%

Klaxoon, Miro, Mural sont des applications web qui permettent de simuler un tableau blanc infini. Sur ce tableau il est possible d’y coller des post-it®, d’y dessiner des visuels, d’y accrocher des documents. Ce sont des outils intéressants qui permettent de numériser ou « virtualiser » facilement notre table de jeu de rôle.

L’histoire que je vous raconte dans ce dossier est la manière dont j’ai utilisé l’un de ces outils pour mener une campagne de Dragon de Poche².

Perrmalien : https://www.acadamia.org/article397

Nous allons voir comment rapidement installer une table de jeu de rôle en ligne avec l’un des outils professionnels phare du marché français : Klaxoon. Mais d’abord, pourquoi Klaxoon et non pas un VTT ?

Les applications de tableau en ligne et les VTT

Pourquoi Klaxoon et non pas un autre ?

Le web regorge d’applications permettant de simuler un tableau blanc en ligne, comme Miro, Mural ou Klaxoon (voir l’article précédent qui en parle). Il existe également de plus en plus d’outils que l’on appelle les VTT, les « virtual tabletops » [1].

Les premiers ont une offre freemium, sont simples, rapides à prendre en main et visent un public professionnel. Les seconds sont souvent lourds, nécessitent des ressources réseau importantes, un ordinateur de compèt’, un abonnement payant et ont besoin de longues préparations. Je ne ferai pas dans cet article une liste exhaustive des plus et des moins pour l’une ou l’autre solution [2]. Je l’ai déjà un peu fait ici. Le seul vrai argument pour les VTT : la gestion des lancers de dés en ligne.

Sachez toutefois que les offres évoluent à grande vitesse et que le marché est régulièrement bousculé par des nouveautés pour ce genre d’outils. La récente campagne sur Kickstarter pour le lancement de Let’s role le confirme. J’ai hâte de voir comment Let’s role fonctionne.

Logo Klaxoon

Revenons à Klaxoon. J’ai découvert cet outil dans mon cadre professionnel. Nous cherchions à l’époque un outil qui permettait de « digitaliser » [3] en partie les formations que nous animions. Nous avions pour objectif de rendre les formations présentielles plus vivantes et plus percutantes. Klaxoon est l’outil idéal pour ça. Il propose dans sa « Suite » une application de gestion de meeting, des applis de gestions de quiz et bien sûr le « board », ce fameux tableau blanc infini qui va nous servir pour nos parties.

Quand j’animais ou concevais des formations, je me suis très souvent inspiré de ce que j’avais pu mettre en place pour l’animation de jeux de rôle. Là, c’est l’inverse, j’ai utilisé ce que je connaissais le mieux professionnellement pour l’appliquer au jeu de rôle.

La génèse

Pendant les confinements de 2020 et jusque début 2021, j’ai mené une campagne de Dragon de Poche² à distance. Le jeu de rôle en visioconférence était quelque chose de nouveau pour moi. Le jeu de rôle, je le pratique physiquement depuis les années 80. Je n’avais jamais jusqu’au confinement expérimenté la modalité distancielle. La première solution qui m’est venue pour simuler la table de jeu était de mettre deux webcams. L’une était centrée sur ma tête et l’autre filmait le plateau de jeu et les lancers de dés. Ça marche plutôt bien. Les seules contraintes à ce système de webcams sont lorsque les ressources de jeu sont au format numérique. Or, c’est de plus en plus le cas. Les illustrations de PNJ, l’illustration de paysages et de lieux emblématiques, les cartes, etc. se trouvent de plus en plus au format .pdf. Vu la montée en puissance des VTT, les éditeurs de jeux ont bien compris qu’il fallait développer cette offre.

De plus en plus, les éditeurs publient les ressources de jeu dans deux formats. Ils éditent leurs ouvrages en livres physiques comme en livres numériques. Malgré ses limites, le format .pdf est plébiscité. Certains éditeurs proposent des suppléments spécialement pour les VTT (des cartes, des pions...). Il est aussi possible de trouver plein de ressources en ligne. Le site Pinterest, par exemple, est une mine d’images permettant d’illustrer ses parties.
Ainsi, faire du jeu de rôle à distance ouvre des possibilités nouvelles et immenses. Plutôt que faire des photocopies et des impressions qui tuent des arbres et consomment du pétrole ; avec nos joueurs, nous développons l’art du copier-coller. C’est la raison pour laquelle j’ai progressivement substitué ma deuxième webcam par le tableau blanc numérique Klaxoon.

Les exemples d’utilisation

Pour la suite de ce dossier, nous allons voir les choses en deux temps :

  • Quoi faire avec un tableau blanc en ligne ?
  • Comment lancer son premier board sur Klaxoon ?

Les applications de ce genre d’outil en jeu

Les exemples donnés avec Klaxoon sont très facilement transposables avec d’autres outils similaires comme Miro ou Middlespot. Choisissez l’outil avec lequel vous et vos joueurs vous vous sentez le mieux. Klaxoon m’a semblé évident car je l’ai beaucoup utilisé dans mon cadre professionnel et qu’il est entièrement en français.

Des aides de jeux à portée de main

Avec la fonction « importer », vous pouvez facilement intégrer les illustrations que vous récupérez sur le web dans le tableau blanc. Les images peuvent venir du web ou peuvent être des ressources issues des .pdf de l’éditeur du jeu. Insérez les tables de résolution, des aides de jeux, une galerie de personnages ou de monstres, etc. Vous et vos joueurs aurez tout sous la main.

Barre de menu

Pour Dragon de Poche², j’ai intégré des cartes et des dessins que j’avais moi-même dessinés. J’ai ajouté des ressources trouvées sur le web et importé des captures du playbook du jeu que j’avais en .pdf. À chaque séance, j’ajoute un résumé des épisodes précédents et dessine l’itinéraire des PJ sur la carte. J’y mets aussi des liens vers des ressources extérieures qui sont installées sur un Drive.

Capture 1 - Aides de jeux, liens vers des ressources et cartes

Dans Klaxoon, il y a une fonction bien pratique que je n’ai pas retrouvé ailleurs et qui permet d’importer un crayonné. Celui-ci se transforme en image vectorisée qui s’intègre au tableau et qui peut être retouchée. Cette fonction est idéale pour importer facilement vos plans de donjons.

Capture 2 - Portraits de PNJ, illustrations et cartes

Les post-it sont aussi les pions de vos personnages

Avec le gros bouton « + » au centre et en bas de l’écran Klaxoon, chaque participant peut envoyer une « idée », c’est-à-dire une sorte de post-it sur le board. C’est ici que vos joueurs et joueuses peuvent laisser libre court à leur imagination ou à leur fantaisie. À eux d’être créatifs. Avec ce +, vos joueurs et joueuses devront envoyer le portrait de leur PJ sur le Klaxoon. Attribuez leur à chacun et chacune une couleur de post-it différente. Donnez à vos PNJ aussi une couleur d’affiliation.

Ces idées/post-it pourront être déplacées sur le board à loisir. Ainsi, en cas de combats, ils peuvent automatiquement se transformer en pions que l’on déplace sur un plan. Comme je fais de même avec les PNJ, tous les protagonistes se retrouvent sur le champs de bataille sans que ça tourne au wargame [4].

Capture 3 - Battlemap

Des caches pour l’effet de surprise

Dans le board de Klaxoon, il est possible de dessiner toutes sortes de formes à la manière de PowerPoint. Les fonctions sont similaires à l’outil de présentation de Microsoft. Il suffit de colorier cette forme et de la placer par dessus une illustration ou un plan pour qu’elle serve de cache. Un bouton en forme de deux losanges et deux flèches permet d’arranger la superposition des formes.

Capture 4 - Exemple de cache

En préparant un peu votre tableau en amont de la partie, vous pouvez ménager vos effets de surprises à vos joueurs. Qu’est ce qui se dissimule derrière ces caches ? Quelle fourberie le MJ nous a préparée ? Quand l’action nécessite que vous dévoiliez les éléments, un clique sur la poubelle vous permet de révéler ce que vous cachiez à vos joueurs. À moins que vous ne préfériez dévoiler l’image cachée progressivement à vos joueurs et joueuses en tirant sur les carrés bleus en coin.

Rien ne vous empêche de bluffer et de laisser traîner des caches sous lesquels il n’y a rien. Et ainsi laisser croire à vos joueurs et joueuses que leurs choix les ont fait passer à côté du trésor ou d’une horrible créature sans les rencontrer.

Des fiches de personnages sans ratures

Si l’on arrive à y mettre des aides de jeux, pourquoi ne pas aussi y mettre des fiches de personnages ? Dans l’exemple ci-dessous, il ne s’agit pas du jeu Dragon de Poche², mais du jeu Paranoïa que je vais bientôt faire jouer en une partie « oneshot ». Cette partie me permet de tester le concurrent de Klaxoon : Miro. J’y prépare mon scénario à l’avance. Sachez que cela fonctionne à l’identique chez Klaxoon.

Fiche de personnage

Dans l’une ou l’autre des deux applications, il est facile de fixer l’image de la fiche de personnage au tableau à l’aide d’un symbole cadenas. Cela évite que la fiche se déplace sur un mauvais geste de la souris. Ensuite, si vous donnez la main à vos joueurs dans les options du tableau, ils peuvent glisser-déposer sur les cases de la fiche de personnage les symboles de coches ou d’étoiles que vous aurez préalablement importés. Dans Paranoïa, les étoiles rouges sont les points de trahison. L’import d’images ou d’icônes permet d’ajouter des éléments graphiques mobiles qui enrichissent l’expérience de jeu. Pour Paranoïa, j’ai importé le gros œil inquisiteur de l’Ordinateur [5].

Miro possède une bibliothèque d’icônes dans laquelle il est possible de piocher pour agrémenter votre tableau blanc.

Premiers pas sur Klaxoon

Création de compte

Le plus simple, pour créer un compte, c’est de s’inscrire gratuitement. À l’heure où j’écris ces lignes, vous pouvez profiter pendant 90 jours de la licence Board gratuitement. Sachez qu’il est inutile de souscrire un abonnement payant [6]. Avec la licence gratuite, vous pouvez créer un tableau, importer des « templates » et avoir jusqu’à 10 participants. Créer un tableau, un « board », dans le jargon de l’outil, c’est la raison pour laquelle nous sommes là. Importer des templates [7] nous est inutile car ceux proposés ont surtout un usage professionnel. Rien n’est prévu pour le jeu. Avoir jusqu’à 10 participants, c’est presque trop. Nous n’avons pas besoin de plus pour un jeu de rôle.

Votre premier board

Après avoir créé un compte, quand vous retournerez sur le site, vous pourrez vous rendre à l’adresse https://app.klaxoon.com/. Cette adresse vous permet de retrouver facilement vos activités. Après que vous vous soyez identifiés, vous verrez un gros bouton NEW s’afficher au milieu et en bas de votre écran. En cliquant dessus, vous pourrez créer votre premier board en cliquant sur la première icône orange à apparaître à gauche.

Là, le site vous propose quelques templates peu utiles pour un jeu de rôle. Ignorez-les. Trouvez-vous un nom sympa et cliquez sur « Créez ». Moi, j’ai mis le nom de la campagne que j’ai fait jouer : Nalacharitam.

La page de gestion du board

Vous atterrissez alors sur une page de gestion de votre board. C’est l’espace le moins ergonomique et le plus difficile à appréhender de Klaxoon quand on a accès qu’à la licence board. Sur cette page vous pouvez changer le nom du tableau. En cliquant sur l’icône reproduite ci-dessous, vous pouvez lui importer une chouette image d’accueil qui servira d’icône dans votre accueil personnel du site. C’est également un bon moyen de mettre vos participants dans l’ambiance.

Icône de création d’icône

Étape 1, un large champs texte vous invite à renseigner les objectifs de votre tableau. C’est très utile quand on organise des idéations. Pour une partie de jeu de rôle, ça peut être l’occasion de mettre un texte d’ambiance que vos joueurs et joueuses lirons en se connectant. Par exemple : « Dans cet épisode, au péril de mille péripéties, réussirez-vous à secourir la Reine Dayamanti ? »

Les étapes 3 et 4 ne semblent pas trop utiles pour le moment. Elles permettent de paramétrer les informations qu’il est possible d’enregistrer sur un post-it en plus du texte principal. Vous vous souvenez, pour des questions de droits, Klaxoon appelle ses post-it des « idées ». Dans tous les cas, il est possible d’y mettre un image. Peut-être que vous leur trouverez une utilité intéressante. En ce qui me concerne, dans les domaines, je rajoute : « Nom du joueur » ou « Nombre de points de vie ».

Les modes de contrôle des boards Klaxoon

Ce qui est surtout important, c’est l’étape 2. Cette étape qui permet de paramétrer le contrôle des intervenants sur le tableau. Je vous conseille, au début, de cliquer sur le mode « Libre », mais de décocher les deux premières cases. Vous pourrez toujours retrouver une icône « options » une fois le board ouvert, si vous voulez modifier ces paramètres

La préparation du board

Bien caché dans le menu avec les trois petits points, en haut à droite, vous trouverez l’option « Préparer ». Cette option permet d’ouvrir le tableau et de l’organiser à votre guise sans l’avoir déjà lancé. Comme une sorte de brouillon préparatoire.

Menu burger

On se lance !

Pour lancer votre premier board, vous aurez remarqué le gros bouton bleu « lancer ». En cliquant dessus, c’est parti ! Cliquez sur « diffuser avec un code d’accès » si la mention apparaît, puis vous pouvez commencer à inviter vos participants. Si vous jouez en campagne avec le même tableau, préférez l’option où ils doivent s’inscrire à Klaxoon avec leur adresse de courriel. Sinon, pour une partie « oneshot », un pseudo suffit.

Choix de lancement

En prenant un peu de bouteille, vous pourrez créer un « network ». Ce n’est pas la peine de le faire au début. Le network Klaxoon est une sorte de raccourci permettant de classer vos boards. Cela permet à vos joueurs inscrits de retrouver facilement vos tableaux créés rangés par thème de jeu ou par groupe de joueurs.


Vous avez toutes les clés en main pour lancer votre première séance de jeu avec Klaxoon. Jouez bien ! Ensuite, n’hésitez pas à me faire part de vos retours dans les commentaires en dessous de l’article. Quelles sont vos astuces ? Avez-vous d’autres outils de prédilections ? Ces conseils vous ont-ils servi ? Des questions ?

[1Virtual tabletops ou tables de jeu virtuelles dans la langue de Patrick Sébastien.

[2À ce sujet, je suis intéressé par votre expérience et vos arguments. Exprimez-vous dans les commentaires.

[3Que je n’aime pas ce mot !

[4Ce que je déteste dans les jeux de rôle, c’est d’utiliser des figurines qui transforment la partie en wargame d’escarmouche. L’imagination, le récit et la narration doivent, à mon sens, primer même lors d’un combat. C’est ce que j’aime dans ces jeux.

[5N’ayez pas peur, c’est votre ami !

[6Si un jour la licence freemium disparaît, il sera toujours temps de migrer chez un concurrent.

[7Sauf ceux créés par d’autres MJ.